Rock Sound : Il y a peu de temps, une rumeur a circulé prétendant que Serj avait trouvé la mort dans un accident de voiture. Une multitude de fans nous ont aussitôt contacté pour savoir si c'était vrai. Penses tu que c'est un signe de l'ampleur qu'a prit le groupe?
Daron : C'est vraiment la première fois que j'entends parler de ça ! C'est dingue, mais que tout le monde se rassure, Serj va très bien et est en très bonne santé. Mais bon, tu sais, il faut toujours s'assurer que les choses que l'on entend sont vraies, car énormément de gens disent beaucoup de choses à notre sujet et la plupart du temps ces choses sont sans fondements.
Rock Sound : Est-ce vrai que désormais (depuis les attentats du 11 septembre) la CIA vous surveille ?
Daron : Tu sais, nous n'en sommes pas vraiment surs, nous n'avons pas de réelles preuves de quelque chose comme cela. Mais c'est tout à fait probable, car nous pouvons être considérés comme un modèle dans le monde entier, et c'est pour cette raison que ça ne nous surprendrait pas. Ce serait étrange car on ne parle pas plus de politique que d'autres choses, mais si jamais c'est vrai, alors tant pis. On y attacherait pas trop d'importance.
Rock Sound : Trouves tu ce genre de situation plutôt drôle, ou plutôt grave ?
Daron : Je trouve tout ça vraiment très drole. Je ne vois pas ce qui devrait les pousser à faire attention à nous. On est des gars normaux, et la seule différence qu'il puisse exister entre ce que l'on peut faire et ce que tout le monde fait, c'est juste de mettre nos idées dans nos chansons. Chez soi, tout le monde parle des choses à propos desquelles on écrit; tout le monde parle des choses qui se passent aujourd'hui dans le monde.
Rock Sound : Vos textes ont donc beaucoup d'impact. Considères tu cela comme une sorte de reconnaissance par rapport au public ?
Daron : Nous ne pensons pas vraiment à ça, on écrit juste ce qu'on a toujours écrit, et ce que l'on a envie d'écrire. Dans tous les cas nous ne forçons personne à être d'accord avec ce que l'on dit, personne n'est obligé d'adhérer à mon opinion.
Rock Sound : Beaucoup de gens (notamment dans les médias) cherchent à vous classer comme un groupe à vocation politique. Est-ce que ça t'énerve ?
Daron : Oui, ça me fatigue vraiment ! Cela m'a toujours fatigué. Nous ne sommes pas que ça, et si quelqu'un veut nous ficher comme un groupe politique, c'est qu'il passe à côté du disque et du sens de chansons comme "Aerials" ou "Chop Suey". La plupart de nos chansons n'ont rien à voir avec la politique, et ceux qui nous disent politiques ne les prennent pas en considération; ils ne font que résumer le disque à trois chansons, et c'est ça qui me saoule. Les gens nous questionnent souvent à propos de politique, mais nous ne cherchons pas à aborder ces thèmes là particulièrement. SOAD n'est pas un groupe politique, mais quand on est sortit les gens ne comprenaient pas ce que l'on faisait. Notre musique était différente de ce qu'ils pouvaient connaître, et ça traitait de politique, mais pas tout le temps. Ils ont donc eu besoin de nous classer dans un genre, soit comme groupe arménien, soit politique, ou bien néo-métal, juste pour s'y retrouver. On se voit simplement comme un groupe de rock, on est pas métal, et on parle de ce qui nous intéresse, que ce soit de politique ou que ce soit de jouets à la con pour les gosses.
Rock Sound : Certains vous ont comparé à un groupe come Rage Against the Machine, suite à des déclarations politiques faites durant des concerts.
Daron : Oui c'est vrai, mais Madonna l'a fait aussi avec ses spectacles de "La Isla Bonita". La différence, c'est que Rage Against the Machine parle de problèmes politiques sur chacun de ses albums et sur chacunes de ses chansons. Ça ne me gène pas, mais eux sont un groupe qui a de vraies positions politiques.
Rock Sound : Tu assures beaucoup de deuxième voix sur le nouvel album. As-tu désormais un rôle plus important à ce niveau-là, tant au niveau du chant que de l'écriture des textes ?
Daron : Oui je pense, car c'est moi qui écrit la plupart des chansons. En fait, j'ai écrit beaucoup de chansons alors que j'étais seul dans ma chambre, c'est ma façon de procéder. Je suis assis et j'écris ("I'm just sitting in my room..." ndlr), mais je ne peux pas dire où il doit y avoir les harmonies vocales. Je suis là, je n'y pense pas vraiment, mais ce sont des choses qui me titillent et qui sortent d'elles-mêmes. Après on mélange un petit peu tout ça. C'est vrai que sur le nouvel album je chante plus, mais j'ai toujours chanté à côté et assuré la deuxième voix dans le groupe. On a travaillé comme ça sur Toxicity parce que ça collait aux morceaux et que ça a bien fonctionné comme ça.
Rock Sound : Une nouvelle édition de Toxicity (avec nouvelle jaquette, bonus tracks, plage DVD, photos...) devrait bientôt sortir. Est-ce un choix de votre part, ou est-ce plutôt une opération marketing ?
Daron : Evidemment je suis obligé de te répondre que c'est un peu des deux, mais pour moi, ce genre de trucs s'adressent à ceux qui sont vraiment de très grands fans du groupe, mais quelque part à ceux qui sont fans du travail studio. Tu vois, par exemple, si j'adore vraiment un groupe, même si j'ai déjà leur disque studio mais que je trouve le même avec une jaquette différente, je me le procurerais. Ce disque va s'adresser aux très grands fans, à ceux qui attachent de l'importance aux différences de couleurs et aux choses comme ça. Personnellement je suis d'accord avec ce concept et à mon avis ce n'est pas franchement du marketing. C'est avant tout parce qu'en tant que fan on aimerait pouvoir trouver ce genre de choses, avec des nouvelles photos et des morceaux en plus, qu'on le fait.
Rock Sound : Quelles ont été les nouvelles façons de concevoir le nouvel album ? Y a-t-il eu des influences particulières ?
Daron : Tu sais, quand nous avons écrit le premier album, nous n'étions encore qu'un groupe qui se produisait dans les clubs, et parallèlement nous aimions tous les morceaux qui génèrent une réelle énergie en live, comme ces chansons incisives qui plaisent aux gens dans les concerts. On a fonctionné comme ça, parce que tout ce que l'on avait fait jusque là se résumait à un album, et qu'avant que nous soyons signés, on jouait principalement dans les clubs, donc les chansons étaient composées avant tout par rapport au rendu live qu'on pouvait en tirer. Nous avons abordé la composition de Toxicity de façon à produire un véritable album, avec un contenu plus pensé, avec des chansons comme "Aerials", qui n'est pas un titre qui va rendre les gens hystériques et les faire se jeter dans la fosse. C'est une musique qui est faite pour être écoutée. Je préfère vraiment cette approche de la musique, et puis on ne voulait plus gueuler systématiquement sur toutes les compos. Nous avons donc fournit un travail différent qui n'apparaissait pas sur le premier album et qui ne lui donnait donc pas cette ambiance et ce groove. À l'époque il n'y avait pas d'harmonies dans les voix, et les strucures des morceaux étaient probablement un peu trop complexes.
Rock Sound : Votre son est très gros, mais il sonne très naturel. Pourquoi avez-vous fait le choix de ne pas utiliser d'effets sur l'enregistrement ?
Daron : Et bien j'aime la batterie qui sonne comme une batterie, la guitare qui sonne comme une guitare, etc. Le fait de ne pas utiliser d'effets nous donne un rendu sincère, qui ne sonne pas artificiel, ainsi chaque instrument sonne comme il doit sonner en réalité. En fait, tout ce que l'on fait c'est pour se faire plaisir. La musique doit nous rendre heureux. Nous pensons que si tu n'aimes pas ce que tu fais, personne ne sauras l'aimer à ta place et à la considérer à sa juste valeur. C'est pourquoi nous nous devons d'aimer notre musique et par conséquent, de la faire comme nous la ressentons.
Rock Sound : Penses-tu que votre statut de groupe hors du commun ainsi que le succès que vous rencontrez, puissent faire de SOAD une légende du rock ?
Daron : Houlala, légende du rock ! Mais le groupe est très jeune, ça me fait peur (rires) ! Sérieusement, je pense que ça dépend et dépendra encore de toutes les étapes que le groupe parcoure ou parcourra. C'est la façon d'évoluer qui compte, le fait d'avancer pas à pas, les choix que l'on peut faire, qu'ils soient bons ou mauvais. Il faut toujours être prudent quand on parle du futur, personnellement je ne saurais pas le prédire. Tout change tout le temps, les styles changent, les goûts des gens changent aussi. Si à travers tous ces changements le groupe résiste en continuant à faire sa musique et en ayant un public, alors je pourrais te dire que oui, nous sommes devenu un des grands groupes qui ont marqué définitivement l'histoire de la musique rock. En revanche, si les différents changements de goûts et de style ont raison du groupe, je ne peux pas te dire à quel point ce sera terrible pour nous (rires). Pour ma part, je reste serein, car je pense que le plus important pour un groupe de rock c'est de rester soudé, de s'apprécier et de pouvoir rester ensemble dans la même pièce sans se taper. On a la chance d'être tous de très bons amis, mais aussi de ne jamais avoir connu de tensions entre les membres du groupe. Hier soir encore j'ai diné avec Serj, et ça veut dire que personne n'a la haine contre quelqu'un, et même si on est ensemble depuis 1995, tout le monde s'aime et s'apprécie.
Rock Sound : A t-il été difficile au début (avant la sortie du premier album) d'imposer les intonations arméniennes ?
Daron : Nous n'avons jamais fait cela de façon pensée. Ces influences sont naturelles dans notre façon de composer. Parfois, alors qu'on le fait simplement parce que nous sommes arméniens, certains disent "oh, ce sont des influences arméniennes", et je leur répond à ces personnes "mais non, nous sommes influencés par le R'n'B" (rires). Des fois je me dis que si on était des arméniens pure souche, on ne seraient probablement quand même pas comme les autres arméniens, et alors certainement que beaucoup de gens diraient "ça c'est arménien, ça c'est pas arménien...". C'est parce que ça vient naturellement qu'on le fait, ce n'est pas pour se donner une quelconque identité. Nous avons assurément des intonations particulières, mais ce n'est pas un exercice de style, on ne se force pas.
Rock Sound : Le fait de mettre en avant l'aspect arménien de votre musique, même si ça n'est pas calculé, est-ce quand même une sorte de moyen de faire honneur au melting pot et à montrer ses bons côtés ?
Daron : Tu me demandes ça parce que nous sommes arméniens mais que nous venons des États-Unis ? Tu sais, nous n'avons pas de démarche particulière, et ce que l'on peut faire avec le groupe ne sert pas à dire "hé ! Vous voyez, c'est ça l'Amérique, c'est le melting-pot !". Je pense que c'est arrivé comme ça, tu comprends. Il y a vingt ans, il n'y avait pas tant d'arméniens aux États-Unis; il y a vingt ans il n'y avait pas de groupes américains formés d'arméniens. C'est tout simplement dû à l'évolution dans le temps, et aujourd'hui ça se ressent terriblement à Los Angeles où il y a beaucoup d'arméniens, mais beaucoup de mexicains, de blancs, de noirs, enfin bref tout ce que tu veux. Certaines personnes se regroupent car il y a beaucoup de personnes de tous les genres. Par exemple, si j'ai besoin d'un bassiste et que c'est un mexicain qui se présente, et que je suis arménien, ça va faire qu'un arménien, un mexicain, un blanc vont se retrouver à jouer ensemble dans le même groupe. C'est un processus tout à fait naturel. Ça se passe comme ça car il y a énormément de gens différents, et on ne cherche absolument pas à montrer ou bien à prôner quoi que ce soit.
Rock Sound : Que penses-tu des groupes qui arborent volontairement des drapeaux ou bien des slogans afin de revendiquer leur appartenance à un groupe ou encore leur adhésion à certaines idées ?
Daron : Je trouve ça mortel ! Si ça peut rappeler le drapeau arménien (rires). Je trouve ça bien parce que ça prouve une grande fierté, un peu comme les japonais qui sont attachés à leur culture et qui brandissent constamment leur drapeau. Je trouve ça bien, et c'est quelque chose que je respecte et qui me rend fier.
Rock Sound : Mais qu'en penses-tu quand il s'agit de signes très tendancieux, impliquant des idéologies racistes, ou bien violentes...?
Daron : Oh merde, j'avais pas compris la question d'avant comme ça ! Non, non, là j'aime pas ça du tout ! Tu sais, hein, le drapeau arménien, c'est quelque chose de vraiment très cool (rires) ! Mais bon à côté de ça, je donne le droit à n'importe qui de penser ou de faire ce qu'il veut, et en règle générale je ne porte pas de jugements pour savoir si leurs délires sont bons ou mauvais. En fait ça dépend directement de ta façon de voir les choses, et ce n'est pas parce que quelqu'un attache de l'importance à quelque chose, qu'il va pouvoir transformer les gens. J'ai tout de même une opinion différente à propos des gens qui ne t'aime pas parce que tu n'es pas comme eux; eux ce sont des connards. Mais bon, si tu as une mentalité particulière mais que tu la gardes pour toi et que par conséquent tu ne prends la tête à personne avec, j'aurais pas de raison de t'en vouloir. Mais je pense sincèrement que beaucoup adoptent ces attitudes ambigües pour choquer les gens, pour que le public se demande pourquoi ils font ça. Regardes le batteur des Who, il était complètement dingue; il se levait le matin en jouant le nazi au nez de son voisin juif ! Et je ne pense pas qu'il était réellement nazi. Sinon, j'ai vu des choses qui ressemblaient à des drapeaux nazis à certains de nos concerts, et personnellement je n'arrive pas à comprendre pourquoi quelqu'un amène ça, on aime pas ça.
Rock Sound : Mais beaucoup de photos te montre portant un maillot de hockey sur glace de l'ancienne équipe de l'union soviétique ! Est-ce parce que tu aimes le hockey sur glace ou bien parce que tu aimes le régime soviétique ?
Daron : Non, je suis un grand fan de hockey sur glace, tout le monde le sait ! Tout le monde sait que je suis fan !
Rock Sound : C'est un goût pour la couleur rouge ?
Daron : Je trouve simplement que "l'armée rouge" était une très grande équipe de hockey. Je porte aussi le maillot des Etats-unis parce que j'aime aussi cette équipe. J'ai beaucoup de vêtements de hockey, mais j'apprécie particulièrement l'équipe russe et d'ailleurs, de nombreux joueurs évoluant dans le championnat américain viennent de cette équipe. Je reste dans le cadre sportif, et le fait de porter ça n'a absolument aucune signification politique pour moi.
Rock Sound : Où en est votre tournée pour Toxicity ? Est-elle terminée ?
Daron : Non, puisque nous allons faire un concert ce soir même, et ensuite, nous allons encore jouer pendant 2 à 3 semaines, et seulement après ce sera terminé.
Rock Sound : Pensez-vous déjà au troisième album ?
Daron : Oui, et je suis déjà dans l'écriture de ce disque. J'ai déjà composé quelque chose comme quatre ou cinq nouvelles chansons. J'ai travaillé ! Ce n'est pas parce que le groupe est célèbre que les périodes de vacances signifient l'arrêt du travail, au contraire, il y a une grosse partie de travail personnel à fournir à ce moment là. Il n'y a pas de date butoir prévue pour la sortie du prochain disque, on peut donc y aller tranquillement. De toute façon on préviendra tout le monde quand ce sera prêt, mais bon pour le moment, même si ça avance déjà, aucune date de sortie n'est prévue.